La visite de Cheung Ek a exigé quelque chose de moi, comme un cri intérieur qui cherche désespérément à sortir de ma gorge nouée. A l’arbre que voici, témoin singulier de la face obscure de l’humanité...
C’est une goutte d’eau
Qui m’a donné vie.
C’est une brise
Qui m’a déposé naguère,
Ici, sur cette terre.
Mes racines ont pris,
Mes branches ont grandi,
Et mes feuilles épanouies,
Sous la caresse de l’air,
Ici, sur cette terre.
J’ai écouté le vent,
Les rires des enfants,
Admiré leur innocence,
La beauté du monde,
La splendeur des moussons.
J’ai ployé sous les orages,
J’ai frémi sous les éclats,
Je n’ai plus d’âge,
Tant j’ai vu les guerres,
Ici, sur cette terre.
De moi le destin a fait
Un témoin muet,
Un arbre singulier,
Au milieu de l’enfer,
Venu régner sur cette terre.
Je suis un arbre,
Avec un cœur de marbre,
Alors comment vous dire
Le silence des soupirs
De tous ces martyrs ?
Comment vous raconter
Leurs corps décharnés,
De coups lacérés,
Décharnés, déshabillés
Avant d’être achevés
Au sommet de la cruauté ?
Comment décrire
Tout ce sang
Qui coule en silence
Dans ces nuits étranges
Jusque mes racines ?
Des douleurs
Etouffées dans la peur
Des larmes
Qui n’ont plus d’âme
Par la mort libérées.
Je suis un arbre,
Point fait pour les palabres,
Mais si l’on pouvait
Sur mon tronc graver
Leurs cris silencieux.
Car de moi le destin a fait
Un témoin muet
De toute ces atrocités
Car je ne veux oublier
Comment est faite l’humanité.
(c) Somanos Sar - février 2007

